Informatique Quantique : Honeywell sort de l’ombre

Informatique Quantique : Honeywell sort de l’ombre

[Dossier quantique]

 

 

Alors que la course au cloud quantique vient de débuter fin 2019 entre IBM, Microsoft, AWS et Rigetti (billet blog précédent), l’industriel Honeywell fait son entrée dans la cour des constructeurs en annonçant début mars qu’il lancera dans les 3 prochains mois l’ordinateur quantique « le plus puissant au monde ».

 

Qui est Honeywell ?

Fondée en 1906 à Minneapolis par l’inventeur du thermostat pour four, l’entreprise intervient aujourd’hui principalement dans le nucléaire, l’automatisation du bâtiment et la défense (avioniques militaires,…). La firme se lance dans la fabrication d’ordinateurs quantiques et affirme qu’elle produira le plus grand volume quantique, la mesure la plus juste pour démontrer les capacités complètes d’un ordinateur quantique.

 

C’est quoi le Volume quantique ?

Auparavant, la puissance d’un ordinateur quantique était liée au nombre total de qubits physiques qu’il possédait. Introduite par IBM en 2017, la notion de volume quantique (QV) a été définie pour répertorier le nombre de qubits opérationnels ne générant pas d’erreur. Pour se faire, IBM a mis au point une échelle de performance – indépendante du type de matériel – permettant de mesurer et de comparer la performance d’ordinateurs quantiques. L’échelle prend en compte le nombre de qubits, leur connectivité, les taux d’erreurs sur les portes quantiques et sur les opérations de mesure.

L’augmentation du temps de cohérence, la réduction du bruit et l’efficacité du compilateur de circuits quantiques sont également pris en compte à condition que toutes les améliorations se produisent à un rythme similaire. Plus le volume quantique est élevé, plus l’espace de calcul quantique peut être utilisé pour résoudre des problèmes difficiles.

 

Bagarre autour du volume quantique

IBM a annoncé en janvier dernier avoir atteint un volume quantique de 32 sur un système supraconducteur à 28 qubits, et prévoit de le doubler chaque année. Honeywell annonce un volume à venir d’au moins 64 et prévoit de le multiplier par 10 au cours des 5 prochaines années. Contrairement à Google et IBM travaillant sur les qubits supraconducteurs à effet Josephson, la société américaine mise sur la technologie des ions piégés.

 

Les Ions piégés, qu’est-ce que c’est ?

Imagée en 1950 par Wolfgang Paul, l’allemand reçoit en 1989 le prix Nobel de physique pour le développement d’une technique de capture d’ions dite « Piège de Paul ». Le principe consiste à piéger magnétiquement des ions dans un espace confiné, généralement à partir d’atomes de calcium. Le niveau d’énergie de l’ion piégé correspond à l’état quantique du qubit. Il est excité par laser et mesuré par captation du traceur fluorescent.

 

Quelles sont les avantages et inconvénients de cette technologie ?

Les ions piégés ont un temps de décohérence long, permettant une intrication entre plusieurs qubits et un faible taux d’erreurs. Contrairement aux qubits supraconducteurs, plusieurs qubits peuvent être intriqués même s’ils sont éloignés. La difficulté réside dans le confinement, l’alignement des lasers et l’espacement des ions en rangs.

 

Et côté applicatif ?

La firme américaine annonce une collaboration avec la holding financière JPMorgan en vue de développer des algorithmes quantiques pour optimiser les services financiers.

Honeywell s’appuie sur la société anglaise Cambridge Quantum Computing (CQC) dans laquelle elle a investi. CQC développe des logiciels quantiques et une plateforme t|ket⟩, gérant entièrement les ressources informatiques et matérielles quantiques.

La société a investi également dans Zapata Computing, spécialisée dans le développement de logiciels et d’algorithmes quantiques servant aux applications d’entreprise pour la finance quantique, l’apprentissage automatique quantique, la cryptographie quantique et la chimie quantique. Le PDG d’Honeywell, Darius Adamczyk, mise sur l’accélération des découvertes de nouvelles structures moléculaires aidant à la création de nouveaux médicaments.

 

Du côté de la concurrence

L’annonce de début mars n’a semble-t-il pas impressionnée les acteurs du marché qui n’ont pas dit leur dernier mot. Ces derniers n’étant pas vraiment d’accord sur la métrique donnée au volume quantique.

A suivre donc…

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